15 propositions pour réoxygéner l'école primaire.

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Avant-propos : Il est à remarquer que le coût de ces propositions est insignifiant au regard des sommes déjà engagées dans l'Education Nationale. Il ne s'agit en aucune façon d'un appel de plus pour de nouveaux moyens mirobolants que les finances publiques ne pourraient pas supporter. Ce qui est en jeu, c'est uniquement la volonté de relancer l'école à partir de bases plus saines et plus réalistes, et donc de faire beaucoup mieux pour le même prix.

 

1) Conserver l'esprit des programmes de 2002, avec une légère revalorisation de l'horaire d'ORL. Se donner réellement les moyens de mettre en place la pédagogie qu'ils préconisent.

    Les programmes de 2002 ont le mérite de reconnaître que la vraie mission de l'école n'est pas seulement d'empiler des savoirs mais de les installer d'une manière qui permette en même temps à l'enfant de construire l'intelligence qui lui permettra de les faire fonctionner. Leur principal défaut, raison d'ailleurs de la vindicte qu'ils rencontrent actuellement, c'est qu'ils font voler en éclat la belle utopie de l'enseignant qui crée les outils de son enseignement. Créer suivant ce type de pédagogie implique trop de temps, la prise en compte de trop de variables simultanément, trop d'expertise didactique et de créativité, pour que l'on puisse demander à chaque instit de tout réinventer tous les jours. Le rôle de l'enseignant doit donc être redéfini et clarifié : Planifier, adapter et utiliser (le tout pertinemment) dans une vraie classe, de manière à ce que les élèves progressent, des outils qui existent ; effectuer les corrections des travaux d'élèves ; connaître les forces et les besoins de chacun ; mettre en place des solutions propres aux cas particuliers ; et occasionnellement, créer puis mutualiser de nouveaux outils, quand il a le temps et la "piste" qui permettent de le faire bien, mais sans que cela puisse faire l'objet d'une obligation institutionnelle absolue. De là découle naturellement la proposition 2.

 

2) Création d'un Centre National de Création Pédagogique chargé de créer, au sens des programmes de 2002, les ressources que les enseignants utilisent dans leur classe. Il doit (se donner les moyens de) regrouper les meilleurs créateurs et spécialistes de la pédagogie, de la didactique, du terrain et de la mutualisation de ressources (internet pédagogique), tous choisis sur leur capacité concrète à créer et en aucun cas sur leur seule manière de critiquer les autres.

   Toutes les créations devront être diffusées sur le site internet officiel du centre, sans code d'accès et sous licence libre, car toutes les écoles disposent aujourd'hui d'un accès internet et d'une imprimante. Concernant l'explosion des besoins en photocopies, se reporter à la proposition 10. Les créations "hors-centre" proposées par des enseignants ou des acteurs de leur formation ont toute leur place dans la base de données du centre si leur qualité est jugée satisfaisante. Ils pourront le cas échéant bénéficier de "décharges de création délocalisée" si leurs contributions s'avèrent utiles au "système". Le Centre par lui-même pourra ne regrouper que 25 professionnels à plein temps et s'autoriser à mettre plusieurs années avant d'avoir constitué totalement les ressources d'une année de classe pour chaque niveau.

 

3) Création d'une obligation de création annuelle (licence libre) pour l'ensemble des personnels chargés de former ou d'évaluer les professeurs des écoles stagiaires et/ou titulaires. La création devra être une ressource pédagogique de nature à pouvoir être utilisée dans une vraie classe et comportera donc à cet effet le détail réaliste des conditions de sa mise en oeuvre. Cette création servira de repère commun permettant de clarifier les attentes du formateur à l'égard des enseignants auxquels il s'adresse.

   Cette création pourra le cas échéant être ajoutée à la base de données du Centre National de Création Pédagogique.

 

4) Réaffecter dans des classes les enseignants mis à disposition d'associations dont l'utilité est discutable afin de diminuer le nombre d'élèves par classes. Recalculer les seuils d'ouverture et de fermeture de classe en intégrant la totalité de cet apport et en acceptant temporairement les disparités départementales que cela occasionnera.

 

5) Se redonner les moyens de sanctionner réellement les comportements déviants des élèves.

   L'autorité serait l'art de se faire obéir sans avoir recours à la contrainte, et sans marchander pour autant. Or cela implique d'avoir en face de soi une authentique maturité que beaucoup d'élèves n'ont pas encore. En revanche, ils ont compris que les interdits sont des chimères que l'ont peut s'amuser à enfreindre tant qu'on veut car il n'y a plus de sanction dissuasive en face d'eux. Aujourd'hui, dans les faits, ce n'est ni l'interdit, ni l'autorité, ni la responsabilité de l'élève qui sauve le système mais l'inhibition produite par la déshumanisation de l'école et la l'extrême froideur subjective qui l'accompagne. Se redonner les moyens de sanctionner les comportements déviants, c'est ouvrir la porte de la (ré)humanisation de l'école. Un enseignant ne peut relâcher la pression, renoncer à l'hyperdistanciation, et accorder des libertés aux élèves (et donc éduquer leur responsabilité) que s'il a le pouvoir de revenir sur la liberté de la minorité d'élèves qui en abusent. Un enseignant qui n'a pas cet marge de manoeuvre ne pourra jamais rien accorder à personne ; l'apparence de son autorité ne pourra reposer que sur le travail que les parents font à sa place et/ou sur l'inhibition causée par la subjectivité relationnelle de sa froideur préventive.

 

6) Réhumaniser l'école ; affirmer la nature saine et constructive du dialogue, voire de la complicité dans une certaine mesure, entre élève et enseignant ; réintroduire et valoriser la notion de "bonne action", abandonner l'hyperdistanciation relationnelle vis à vis des élèves dont le comportement ne le justifie pas par sa déviance.

   L'interdit est nécessaire a une éducation mais il est très loin de lui être suffisant parce qu'il a besoin d'une morale (kantienne !) pour le transcender. En découvrant la vie avec les autres, l'enfant doit découvrir qu'il peut faire le bien, donner du bonheur autour de lui et s'apercevoir qu'il reçoit en retour plus de bonheur qu'en cédant aux sirènes d'un mercantilisme infantilisant. L'école doit valoriser les actions qui tendent à aider les autres et à servir le bon fonctionnement de la classe. Il est important que ces bonnes actions, qu'on ne peut en aucun cas imposer, soient mentionnées dans le dossier scolaire de l'enfant indépendamment des erreurs qu'il a pu faire par ailleurs. Chez l'enfant, les bêtises doivent se juxtaposer au bien sans l'aliéner pour autant.

   Aujourd'hui, notamment pour les raisons mentionnées dans la proposition 5, beaucoup d'enfants perçoivent l'enseignant comme une personne inaccessible, et c'est bien souvent la dernière personne avec qui ils iraient discuter ouvertement et librement. Cela doit changer. L'enseignant doit être quelqu'un de sympathique et accessible dans tous les moments où il n'est pas en train de sanctionner un comportement inadmissible. Il doit donner envie qu'on vienne lui parler, lui demander conseil pour tout ce qui tracasse, partager des idées avec lui. L'enseignant doit donc être disponible pour cela pendant les récréations ; la concertation entre enseignants peut se faire hors temps scolaire et il n'est pas forcément souhaitable d'être tous placés au même endroit pour surveiller une cour. Ce nouvel ordre ne pourra se mettre en place qu'en appliquant fermement en parallèle la proposition 5 et en rendant à l'élève le centre du système (loi de 1989) que la peur de la calomnie occupe désormais à sa place (réalité depuis 15 ans). Cela implique donc de mieux protéger les enseignants contre les diffamations de toutes sortes et d'appliquer des sanctions dissuasives contre leurs auteurs.

    Pour responsabiliser les élèves, il convient de distinguer d'une part les "limites absolues", dont le dépassement doit entraîner des sanctions sévères, des ajustements permanents qui s'opèrent de par la vie commune à l'intérieur de ces limites. Les limites absolues ne doivent pas être trop restrictives pour laisser un maximum de place pour vivre à l'intérieur d'elles. A l'intérieur de ces limites, il convient de matérialiser les libertés des élèves par des permis que l'on peut leur retirer provisoirement quand ils font mauvais usage de la liberté en question. 

    On peut accorder par exemple à chaque élève un permis de bavarder, droit qu'il ne doit utiliser que de manière raisonnable (voix basse, moment propice, propos compatibles avec la classe...). S'il bavarde trop fort ou pendant que l'enseignant passe une consigne, son permis de bavarder lui est confisqué. Il n'a plus le droit de parler du tout à ses camarades, sauf bien sûr à la classe entière si l'enseignant lui donne la parole. S'il respecte cette période probatoire, son permis lui est restitué au bout de quelques heures. Par contre, s'il continue à bavarder alors que ce droit lui a été suspendu, on considère qu'il a franchi les "limites absolues" et il doit être sanctionné en conséquence. Le même principe peut être appliqué aux déplacements dans la classe.

    Les retraits de permis doivent être présentés comme des périodes de réflexion et non comme des sanctions. La part d'inter-subjectivité partagée de ces retraits doit être affirmée, expliquée et reconnue comme formatrice de la responsabilité des élèves. A l'inverse, les "limites absolues" et les sanctions qui s'y rapportent ne doivent pas être subjectives mais clairement posées et explicitées à l'avance, non pas par la classe mais par l'adulte car ces limites ne sont pas négociables. 

    Un comportement positif, exemplaire et durable doit pouvoir être récompensé par de nouvelles libertés, autres que celles accordées à priori à tout le monde. 

 

7) Création d'une obligation "d'exemple social" pour les parents, et naturellement de sanctions relatives à son manquement.

   D'un certain point de vue et jusqu'à un certain point, on peut comprendre qu'un parent qui pense avoir ses raisons viennent en dire "de toutes les couleurs" à un enseignant. Mais il est totalement inadmissible qu'il le fasse devant les enfants. Il est normal qu'un parent viennent à 16h30 avec son enfant pour poser une question parce que c'est plus pratique. Par contre, si c'est pour faire des reproches à l'instit, il est de sa responsabilité d'aller le faire en l'absence d'enfants. Si le manquement à cette responsabilité est la cause de graves problèmes de comportement chez l'élève, et uniquement dans ce cas, des sanctions doivent être envisagées à l'encontre des parents également.

 

8) Débloquer les fonds indispensables et dérisoires pour que les personnels des RASED puissent se déplacer toute l'année, condition indispensable à la réalisation de leur fonction.

   Les enseignants spécialisés se déplacent constamment mais sur un territoire assez restreint géographiquement et sont indemnisés en tout et pour tout à hauteur de 12,9 centimes d'euro du kilomètre réellement parcouru avec leur véhicule personnel. Il faut débloquer les fonds nécessaires pour qu'ils puissent exercer leur fonction toute l'année, ce qui ne représente pas grand chose au regard du coût total de l'enseignement spécialisé.

 

9) En fin de CP, différencier les élèves en difficulté de lecture de ceux qui ne lisent pas du tout ou quasiment pas ; mettre en place un vrai dispositif d'aide en parallèle du CE1 pour les premiers, réaffirmer le rôle peu enthousiasmant mais tristement nécessaire du redoublement pour les seconds.

 

10) Développer une filière de papier blanc A4 recyclé à basse masse surfacique et en qualité brouillon, à l'image des cahiers de brouillon petit format.

   Aujourd'hui, dans beaucoup d'écoles, les photocopies sont limitées, ou en passe de l'être, à une feuille A4 par jour et par élève, ce qui est nettement insuffisant. Mais on n'utilise que des feuilles de qualité et d'une blancheur immaculée, ce qui dans bien des cas n'est en rien indispensable au travail scolaire. Il faut développer une industrie qui produise, comme pour les petits cahiers de brouillon, des feuilles A4 très fines, recyclées et à très bas prix, même si elles ont la couleur des cahiers de brouillon. Cela permettra d'augmenter la quantité de photocopies disponibles sans coût financier ni environnemental.

 

11) Interdire les évaluations chiffrées (notes) sauf si l'ensemble de la procédure d'évaluation a été officiellement établie au niveau national. Utiliser des mots pour faire état des acquis et des besoins dans les grands domaines d'apprentissage. Suppression des listes interminables de compétences de second ordre au profit de l'analyse par le professionnel des acquis et de leur cohérence dans l'ensemble du "domaine d'apprentissage".

   Il faudra donc définir une liste officielle des "grands domaines d'apprentissages" afin d'harmoniser les bulletins donnés aux familles et aux collègues en cas de changement d'école. Voici un exemple de définition de ces domaines :

        En maths, 4 domaines : Numération, Résolution de problèmes et sens, Calcul, Géométrie.

        En français, 4 domaines : Lire et comprendre, Rédiger, Orthographe grammaticale, Orthographe non grammaticale.

        En sciences, 3 domaines : Comprendre une expérience, Proposer une expérience dans un but donné, Etat des connaissances de base.

        En histoire-géo, 2 domaines : Etat des connaissances de base, Compréhension des situations (lien de cause à effet, problématiques).

        En Arts, 2 domaines : Exprimer sa perception des effets d'une oeuvre, Choisir une technique ou un geste dans le but de produire un effet.

        En EPS, 3 domaines : Respecter et/ou se servir des règles, Collaborer efficacement avec les autres, Aisance motrice.

 

12) Réécriture des évaluations nationales pour tenir compte davantage de la compréhension du sens, de la construction des concepts et de l'adaptabilité censée en découler.

   Il serait judicieux en cela de supprimer celle du CE2 et d'achever leur remplacement par des évaluations biannuelles : "Décembre GS", "Début CE1", "Début CM1" et "Début 6ème".

 

13) Réécriture du B2I en "floutant" la liste des compétences spécifiques ; réajustement du rôle du conseiller pédagogique en TICE.

   La présence de la longue liste de compétences spécifiques et son pointage fastidieux pour chaque élève nuit à l'esprit même du B2I. Il faut recentrer le B2I sur la question de l'apprentissage par les TICE et non l'apprentissage des TICE. En ce sens, il faut porter une attention toute particulière aux tableurs, aux logiciels de géométrie dynamique, à la correspondance scolaire et à toutes les situations permettant d'accumuler les situations de réflexion de manière beaucoup plus dense que sur des fiches. Les conseillers pédagogiques TICE devront donc se pencher sur toutes les questions en parties disciplinaires de l'apprentissage par les TICE, ce qui implique de leur donner les moyens en temps de faire autre chose que du dépannage technique. Ils feront également le lien entre les besoins du terrains et la création de logiciels pédagogiques au sein du Centre National de Création Pédagogique.

 

14) Réorganisation de la notion de programmation pédagogique autour de principes didactiques à jour.

   On sait aujourd'hui que pour bien installer des concepts abstraits chez l'enfant il faut jouer sur leur sens tôt et amener leur écriture tard. Le retard de l'écriture et de la formalisation a déjà été opéré par rapport aux méthodes traditionnelles (c'est toujours facile de ne pas faire) mais la mise en place des phases de préparation n'a pas suivi. Les programmations doivent tenir compte de ces phases, ainsi la construction (non formalisée) du sens des opérations mathématiques devra figurer dans les programmations dès la grande section maternelle, même leur écriture abstraite n'arrivera qu'en CE1. Les nouvelles programmations devront prendre en compte la simultanéité des constructions qui s'installent les unes par rapport aux autres, d'où les apports indispensables des connaissances de  la didactique propre à chaque discipline. Cette expertise ne saurait être exigée à chaque enseignant dans chaque matière. Des repères théoriques et des exemples de programmation inter-cycles devront donc être apportées officiellement par l'institution. La place du Centre National de Création Pédagogique dans la construction de ces exemples de programmation devra être centrale, d'autant que ce même service aura pour mission de créer les outils concrets permettant de mettre ces propositions de programmation en pratique.

 

15) Dans un futur lointain, envisager l'organisation d'une sortie de l'Education Nationale de la sphère politique. Les fonds alloués à ce service seraient définis par l'ensemble des grandes formations politiques à huis-clos pour des périodes de plusieurs années en fonction des besoins et des ressources dont la Nation dispose. Ces périodes et ses réunions seraient planifiées de façon décalées avec les échéances électorales de façon à ce qu'aucun courant politique ne puisse prendre en otage la question de l'école.

    La direction du Ministère de l'Education Nationale (qu'il faudra donc rebaptiser) sera alors assurée par une équipe chargée d'une mission de service public et fonctionnera indépendamment des alternances politiques. Elle inscrira donc son action dans la durée et dans l'intérêt des élèves au lieu de l'inscrire sur le court terme et autour d'images médiatiques au service d'un bord politique particulier.

 

contact : olivier@minipedia.fr